mardi 24 mars 2015

L'homme sage

Un homme sage m'a dit :
"Marche par là, tout droit
Vers la lueur qui nait
Vers la vie promise mais
Écoute cette voix
Je serais ton ami"

"Cherche les roses au bord
De la voie, du chemin
Mais prends garde aux épines
Mais prends garde aux épines
Tends simplement les mains
Pour offrir tes trésors"

"Il existe un passage
Qui mène hors des ténèbres
C'est la voie de l'amour
N'aie pas le cœur si lourd
Comme à un banquet funèbre"
M'a dit l'homme si sage

Et je lui ai crié :
"Je suis là !
M'enverrez-vous un ange
Me tirer de la fange ?
Je suis là !
Mon cœur veut vous aimer !"

jeudi 12 mars 2015

Où vont-ils tous ?

Où vont-ils tous ?



Angleterre, août 1914


Le temps se fige. Mystérieusement, le souffle du vent se dissipe et la chaleur étouffante de ce mois d’août tombe sur mon dos. Le bruissement des feuilles du grand chêne qui trône au milieu de notre propriété s’estompe, le chant des oiseaux aussi, comme si la vie fuyait notre jardin. Même les lourds nuages chargés de colère interrompent leur course folle dans le ciel et s’apprêtent à retarder leur profond grondement. Je cligne des yeux : ce silence me fait peur.

Maman dit que, probablement, il va y avoir la guerre. Je ne sais pas ce que c’est : est-ce qu’une petite fille de six ans doit le savoir ? En tout cas, ça a l’air assez grave. Je ne sais pas non plus pourquoi : quelque chose à propos d’un espèce de duc qui s’est fait tirer dessus, dans un endroit très loin. Je ne vois pas pourquoi ça devrait nous concerner, mais Papa dit qu’on sera tous dans le coup quand même. Moi, je pense que rien ne changera. Non, pas ici. Notre havre de paix est  bien trop loin de cet endroit bizarre.

Je ramasse dans l’herbe sèche ma vieille poupée de porcelaine et rejoins les miens qui se sont réfugiés à l’ombre du grand chêne pour échapper à la chaleur écrasante. Il y a mon oncle de Londres. Depuis son arrivée, mes parents ne sont plus aussi heureux, comme s’il avait apporté avec lui une portion de malheur. Je le vois bien : Papa et Maman sont si soucieux qu’ils ont oublié comment on sourit. Si leurs lèvres s’élargissent mécaniquement, leurs yeux ne partagent pas le bonheur du moment.

Immobiles, ils sont assis à une petite table de fer forgé blanc. Ils ne parlent pas. Papa est habillé comme pour un jour de fête mais rien sur son visage ne laisse transparaître de la gaité. Il tient une tasse de thé entre ses doigts, il n’en a pas bu une seule goutte. Maman porte une simple robe blanche et ses cheveux sont relevés en chignon. Elle fait ça quand elle n’a pas le temps. Ils ne voient pas que je les observe. Seul mon oncle se tourne, et me fait signe de me taire. Je ne comprends pas. Je lui en veux. Après tout, n’est-ce pas de sa faute ? Pourquoi n’est-il pas resté chez lui avec son malheur ? Je ne dis rien : l’étrange mutisme qui frappe mes parents semble me toucher aussi.

Soudain, Papa se lève et il part. Maman reste encore un peu à table, et se met à pleurer. Finalement, après avoir séché ses larmes, elle me prend par la main et nous descendons au village. Là-bas, partout, il y a des hommes en uniformes kaki, une musique militaire attaque une marche entraînante et scandée. Les pulsations de la grosse caisse retentissent par le village. Des enfants courent partout : certains marchent au pas dans toutes les directions avec un manche à balai sur l’épaule, d’autres sont penchés aux fenêtres et agitent des drapeaux.

Sur la place pend mollement, le long d’un mât blanc, un drapeau britannique. Un officier fend la foule. Il ôte son képi et s’essuie le front d’un revers de main. C’est alors que je le reconnais : c’est mon père. Il m’embrasse sur le font et enlace Maman. Puis il se retourne et part avec les autres.

Maman me caresse les cheveux, m’embrasse, réprime un sanglot et étouffe mes oreilles si bien que je n’entends plus les cloches qui s’entrechoquent au loin. Mon esprit s’apaise et je regarde le cortège d’hommes qui partent. Finalement, d’une voix hésitante, je lui demande :
« Maman, où vont-ils tous ? »

Elle saisit un mouchoir blanc et s’essuie le tour des yeux. Elle tente un pâle sourire. Comment peut-elle expliquer à un enfant de six ans ce qu’est la guerre ? Je vois qu’elle cherche désespérément ses mots pour m’expliquer quelque chose qui n’est pas de mon âge. Puis devant mon insistance croissante, elle me répond de la manière la plus simple et la plus vraie :

« Ils vont à leur perte, ma chérie. »

mercredi 4 mars 2015

Echo

« Eh oh !
- Eh oh ! »
Il y a-t-il quelqu'un ?
Je n’entends d’autre voix
Que la mienne je le crains
Qui se perd dans le froid.

« Écho !
- Écho ! »
Mais seule au bord du gouffre
Je hurle mon nom comme
Un animal qui souffre
Une bête, plus un homme.

« Écho !
- Écho ! »
Mon écho est la seule
Voix qui me revienne belle
Mon ombre est la seule
Qui me reste fidèle.

« Écho !
- Écho ! »
Mais je parle à des sourds
Qui ne me comprennent pas
Et mon cœur devient lourd
Comme sont lourds mes pas.

« Écho !
- Écho ! »
Je ne sais pas quel monde
Je veux fuir à présent
Et à chaque seconde
Je suis seule maintenant.

« Écho !
- Écho ! »
Vous pouvez me sauver
Par le calme de vos mœurs
Essayer d’enlever
La folie de mon cœur.

« Eh oh !
- Eh oh ! »
Il y a-t-il quelqu'un ?