jeudi 24 août 2017

L'instant de l'écrivain

Que vais-je écrire ?
L'éternelle question de quiconque sachant tenir un stylo.
Aujourd'hui, que vais-je bien pouvoir écrire ?
J'ai trempé ma plume dans l'envie de changer de vision. Je recherche une route d'écriture parallèle, comme une brève évasion.



On m'a raconté qu'il y a un instant où l'encre oublie la page blanche et le stylo efface les ratures.
Un instant comme un état second, une sorte de transe de l'écrivain.
Un instant pourtant si court, qui disparait trop vite, qui s'envole en silence.
Pourtant cet instant allume une flamme, et vient combattre le mal par les mots.



Et tout est vrai.
J'ai connu parfois cet instant volatile, ces quelques secondes où l'écrivain échappe à l'espace-temps.
J'ai connu cet instant où le voile se lève et la magie s'élance.

C'est un instant rare, irréel, que la quiétude inonde.
Une coupure dans la nuit, comme un rêve.
Une coupure dans la vie, comme une trêve.
C'est un phénomène puissant, plus que l'inspiration.
C'est une seconde respiration.
C'est une vague qui nous submerge.
C'est une envie d'écrire comme certains ont une envie de cigarettes.
C'est une renaissance de l'essence des sens.

On voit et on entend l'encre vivante courir dans ces blanches prairies de papier. On l'a sens parfois même couler en nos veines, couper en neuvaines.
On touche les rimes et goûte la saveur des mots.

Et quand l'instant nous enveloppe... Certains écrivent que la nuit tous les chats sont gris, moi je proclame que la nuit tous les stylos sont pris.

On passe de l'autre côté des paysages, des mots gagnes, des océans.
On sympatise avec le vent, on tutoie les nuages.
Toutes les nuits sont jours ou tous les jours sont nuits.
On croit approcher le paradis.



Et quand la transe retombe et que l'instant s'enfuit, que la manne des mots devient celle des silences, on revient devant notre feuille, et on doute de l'instant de l'écrivain.
N'était-ce pas seulement un rêve ?
Que vais-je écrire maintenant ?

Et le véritable auteur reprend son stylo pour découvrir encore un de ces moments.

mardi 8 août 2017

Dahut

Il y a des légendes dont on sait qu'elles sont rapiécées, recousues, mélangées. Des légendes que chacun a assaisonnées selon ses goûts, son histoire et celle de sa famille. Ces légendes que seuls les enfants croient. Connaissez-vous ces légendes ? Elles sont simplement belles et servent de mentors matures sous leur manteau merveilleux de donjons et dragons. Mais malgré ce côté enfantin, on y retrouve en toujours plus grand cette armature de sens qui se déploie encore à la dixième relecture. Ce sont de grandes histoires, et elles importent vraiment. C'étaient de ces légendes dont on se souvient et qui signifient tellement. Je me souviens de cette créature fantastique. Courts sabots d'un côté, les autres d'une longueur encombrantes. Animal condamné à tournoyer pour toujours autour d'un mont brumeux sans jamais avoir l'espoir d'un jour marcher différemment. Et, enfant, à chaque fois que j'escaladais les montagnes, et je regardais les sommets en pensant au dahut. Il était si parfait, féérique. J'étais persuadé de son existence, et j'entendais presque ses cris dans le vent.

Et il y a des légendes dont on sait qu'elles sont dépassées, décousues, malsaines. Des légendes assassines. Ces légendes que seuls les adultes croient. Elles sont trop vraies pour être ignorées et servent de plafond de verre - ou plutôt de papier - comme un grand tablier qui recouvre les ambitions de tout ces enfants devenus adultes, ceux qui adoraient les fables hier et qui aujourd'hui regardent se vider le sablier de leurs rêves, sans même tenter de prononcer une formule magique de légende fantastique pour essayer de retenir ceux qu'ils leur restent. C'est difficile d'escalader des montagnes quant on refuse de voir les sommets.

vendredi 7 avril 2017

Vers médiocres d'une heure de perm

Me voilà face à l'infini du ciel :
Nul nuage pour troubler l'éternel
Grand ciel bleu où se découpent les toits
Et les pierres grises ou ocre ma foi...



J'aime ce lycée, ce paradoxe incompris,
Toujours plus vieux, toujours plus jeune,
Et même sa cantine si utile au temps de jeûne !
Comme j'aime ses murs aux promesses d'infini !

Carnot est ma maison, demeure de savoir.
Agréable au printemps comme au temps des mouchoirs,
Paisible en été ou quand les feuilles sont d'or...
Je crois qu'il cache encor de merveilleux trésor !

Admirez donc les arbres tous parés de vert...
Si mes vers ne valent pas ceux d'Homère,
Montrez-moi donc comment décrire ce lieu !
Je crois que je me contenterai d'eux...




dimanche 5 février 2017

Cher Jack...

                                  Cher Jack,

                S’il te plait, ne dis rien à Papa à propos de cette lettre. Cela le mettrait dans une colère noire contre moi. Et je ne veux pas qu’il soit en colère… Je n’aime pas le voir ainsi.

                Maman dit qu'il ne faut pas détester les gens... Mais je ne peux pas ne pas te détester. C’est pour cela que je serais directe. Je veux juste te demander une chose : sors de nos vies. Papa a perdu son travail à cause de toi. On a dû vendre la maison pour payer toutes les factures. Sans travail... Papa ne rapporte plus assez d’argent, et il n’y en a pas pour acheter à manger pour Maman et moi parce que le peu d’argent qu’il obtient, il le dépense avec toi. Je sais que Maman s'empêche si souvent, trop souvent de manger pour que moi, je puisse grignoter quelque chose, histoire de remplir mon estomac qui sonne si creux !

                Quand je suis tombée de mon vélo hier, j'aurais tellement aimé que mon Papa soit là... Pour me consoler, pour me relever, pour me rassurer. Mais il était avec toi ! Tu ne l'as même pas laissé venir à la fête de l’école à la fin de l’année dernière, ni à mon spectacle de chant le mois dernier. Cela m'a fait beaucoup, beaucoup de peine. Depuis que Papa t'a rencontré, il ne rentre plus à la maison avant minuit. Mais que faites-vous, bon sang ?

                Il a commencé à faire du mal à Maman. Au début, c’était seulement avec des mots. Et puis après, il a utilisé sa longue ceinture de faux-cuir noire. Mon petit frère et moi, on devait aller se cacher dans le jardin des voisins quand cela arrivait. Sinon, c'était sur nous qu'il tapait. Quand j'ai grandi, il a commencé à me traiter comme un punchingball, quand il n'avait rien d'autre sous la main à casser, car bien peu de choses avaient résisté à ses accès de colère que tu lui causais. Je ne sais pas ce que tu lui racontes, mais il a tellement changé... Tellement changé. Je ne le reconnais plus. J’aimerai juste que tu saches que maman voudrait retrouver l'ancien papa. L'homme qu'elle a épousé. L’homme qu’elle a aimé et qui l’aimait en retour. S'il te plait, laisse-le tranquille, ne l’approche plus. Je t’en supplie ! Pour que nous puissions enfin de nouveau vivre heureux et tous ensemble...

                J'espère que tu me comprends.




                                                                                                                              Laura.