Que vais-je écrire ?
L'éternelle question de quiconque sachant tenir un stylo.
Aujourd'hui, que vais-je bien pouvoir écrire ?
J'ai trempé ma plume dans l'envie de changer de vision. Je recherche une route d'écriture parallèle, comme une brève évasion.
On m'a raconté qu'il y a un instant où l'encre oublie la page blanche et le stylo efface les ratures.
Un instant comme un état second, une sorte de transe de l'écrivain.
Un instant pourtant si court, qui disparait trop vite, qui s'envole en silence.
Pourtant cet instant allume une flamme, et vient combattre le mal par les mots.
Et tout est vrai.
J'ai connu parfois cet instant volatile, ces quelques secondes où l'écrivain échappe à l'espace-temps.
J'ai connu cet instant où le voile se lève et la magie s'élance.
C'est un instant rare, irréel, que la quiétude inonde.
Une coupure dans la nuit, comme un rêve.
Une coupure dans la vie, comme une trêve.
C'est un phénomène puissant, plus que l'inspiration.
C'est une seconde respiration.
C'est une vague qui nous submerge.
C'est une envie d'écrire comme certains ont une envie de cigarettes.
C'est une renaissance de l'essence des sens.
On voit et on entend l'encre vivante courir dans ces blanches prairies de papier. On l'a sens parfois même couler en nos veines, couper en neuvaines.
On touche les rimes et goûte la saveur des mots.
Et quand l'instant nous enveloppe... Certains écrivent que la nuit tous les chats sont gris, moi je proclame que la nuit tous les stylos sont pris.
On passe de l'autre côté des paysages, des mots gagnes, des océans.
On sympatise avec le vent, on tutoie les nuages.
Toutes les nuits sont jours ou tous les jours sont nuits.
On croit approcher le paradis.
Et quand la transe retombe et que l'instant s'enfuit, que la manne des mots devient celle des silences, on revient devant notre feuille, et on doute de l'instant de l'écrivain.
N'était-ce pas seulement un rêve ?
Que vais-je écrire maintenant ?
Et le véritable auteur reprend son stylo pour découvrir encore un de ces moments.
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