lundi 29 décembre 2014

A vos plumes - Pouf ! 2ème réponse !

Merci à Georges de sa participation !

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" L'article s'étalait sur une page de l'édition du 25 mars 2014 d’Ouest-Aven :
« Un piano à queue de marque Steinway a été retrouvé hier matin, au sommet de la falaise à Plogoff dans le Finistère. Posé là, sur la lande rase balayée par le vent, dans un des plus beaux sites de Bretagne, il demeure un véritable mystère pour les promeneurs… »

Déjà, les journalistes posaient mille questions : A qui appartenait-il ? Comment et pourquoi est-il arrivé là ? Pourquoi l’avoir installé au sommet de cette falaise ? Et toutes les hypothèses aussi farfelues  les unes que les autres s’imprimaient aux unes des journaux. De quoi faire le buzz… enfin espéraient-ils tous pour pouvoir se démarquer et augmenter les tirages.
Le piano de Bach ou celui de Mozart, de Brahms ou encore de Satie ? Et chacun proposait le compositeur et pianiste de son choix. Une mini biographie était associée pour la culture. Bien entendu cela ne pouvait être la solution…
Alors on chercha dans les pianistes contemporains : Hélène Grimaud, David Fray  ou Alexandre Tharaud ? ou bien Lang-Lang, pour être plus exotique ? Et chaque interprète fut contacté et réfuta bien entendu posséder le dit piano.
Le mystère restait entier. Et malgré les pages de journaux multiples et quotidiennes sur le sujet, personne ne se manifestait pour réclamer ce piano ou révéler l’objet de cette intrigue.
La mairie était bien embarrassée par cet objet incongru posé au bord de la falaise. Elle ne pouvait se résoudre à le déplacer car il devenait une réelle attraction touristique telle la baraque à frites des Ch’tis. Il fallait sécuriser l’endroit rapidement avant qu’un accident survienne. « Trop de monde » avait dit le maire et les journalistes avaient déjà ravivé l’hypothèse Mozartienne en se rappelant la célèbre phrase « trop de notes » de Joseph II à Mozart. Une phrase sortie de son contexte peut être vite interprétée n’importe comment. Mais cela était bon pour le tirage et le tourisme, alors aucune retenue et l’invraisemblable pouvait devenir hypothèse de réalité ! On dépêcha donc la police pour mettre en place un service de sécurité.
En fait, les inspecteurs de la police scientifique furent dépêchés pour cela. Les méandres des services publics sont parfois impénétrables…. Comme ils étaient là avec tout leur attirail, ils s’adonnèrent à quelques prélèvements afin, on ne sait jamais, d’éclaircir ce mystère. Oui, de l’ADN, il y en avait de toute sorte : animale, végétale  et humaine. Comment trier, sélectionner pour identifier L’auteur ? Nos inspecteurs cherchaient et passaient au crible du fichier d’identification d’identité national. Mais chou blanc ! Ils utilisèrent le fichier européen, pas mieux… Déçus, ils repartirent pour laisser place aux simples agents.
Qui pouvait donc résoudre l’énigme du piano de Plogoff ?
Le temps passait et nos agents de service, lors de leur première veillée entendirent une mélodie en sourdine dont le début ne leur était pas tout à fait inconnu. Après écoutes répétées, ils convinrent que cela ressemblait à la Marseillaise. Cette mélodie semblait portée par le vent et ce n’est qu’après attentive et minutieuse recherche qu’ils identifièrent la source : le piano !
Les journaux s’emparèrent de l’information et crièrent à la sorcellerie ! Toutes les légendes locales furent passées en revue et remémorées ou découvertes par chacun. Les tirages augmentaient encore…
On fit venir un luthier accordeur qui inspecta le piano sous toutes les cordes : rien ! Pas la moindre origine de ces sons répétés. Le vent passant dans les cordes pouvait-il reproduire à l’infini cette mélodie ? Quelle en était le sens ?
Le mystère s’épaississant et l’attrait ne diminuant pas, la mairie décida de mettre en place un système de visite avec billetterie. Tout était bon à prendre !
On entendit alors lors des visites, la musique, non plus en sourdine mais crescendo, de plus en plus fort. De même, le répertoire de l’instrument s’étoffa on ne sait comment mais cela était.
Et au début de l’hiver, c’était l’hymne des restos du cœur que le piano se mit à entonner ! Le voile était levé.
 Les journaux et la mairie ne purent que reverser l’intégralité des recettes réalisées sur le dos de cette intrigue à l’association pour servir les repas durant tout l’hiver.
Le piano avait simplement attrapé une puce wifi qui diffusait la musique… C’était l’explication simple du mystère. Une façon originale de récolter de l’argent pour une cause.

A vos plumes - 1ère réponse !

Merci à ma chère AMarie T !!!

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L’article s’étalait sur une page de l’édition du 25 mars 2014 d’Ouest-Aven :
« Un piano à queue de marque Steinway a été retrouvé hier matin, au sommet de la falaise à Plogoff dans le Finistère. Posé là, sur la lande rase balayée par le vent, dans un des plus beaux sites de Bretagne, il demeure un véritable mystère pour les promeneurs… »

 Mes yeux parcouraient l'article mais mon esprit déjà était ailleurs,  emporté loin, là-bas, sur cette côte aride aux senteurs de bruyères et d'ajoncs, où les goélands marins sans se lasser jouent aux brises du Noroît à défier la pesanteur. Mon rêve m'emportait et j'écoutais. Le vent faisait chanter les cordes de ce mystérieux instrument, incongrument arrivé sur la lande, et déjà ma décision était prise. Il fallait que j'aille voir, que je me rende compte par moi-même de ce prodige.

Je pris donc le premier train en partance pour la Bretagne, pays de mes ancêtres, que je connaissais mal mais dont les légendes coulaient au-dedans de moi comme la musique de la mer. Après un changement à Rennes, puis à Brest, je pris le car pour arriver vers le soir, épuisée de ce long trajet bruyant, à l'auberge de Plogoff. On ne parlait que de ça dans tout le pays. Personne n'avait encore osé toucher le grand piano, comme on évite un cachalot échoué sur le rivage. Les langues allaient bon train ! Les compères, assemblés autour d'un verre de Chouchen au comptoir, y allaient chacun de leur version, toutes plus fantaisistes les unes que les autres, pour expliquer comment ce diable de piano avait bien pu arriver là.

"Ma doué ! Père Le Floc'h,  ce serait-y pas l'grand échalas de la Villa des Mouettes qu'aurait par hasard eu c't'idée saugrenue ?
Que non pas ! Ce s'rait l'idée d'un Parisien qu'ça m'étonnerait pas ! " et chacun de pousser une exclamation sur "ces gens-là qui viennent de Paris et qui s'croient tout permis et qui n'respectent rien en Breizh !"

Après avoir fait un rapide brin de toilette et dîné d'une délicieuse soupe de poisson suivie d'une part de kouign amann, je décidai d'aller sur la falaise pour profiter du calme du soir et d'un coucher de soleil qui promettait d'être, sinon magnifique, du moins silencieux, après que toutes ces balivernes m'eurent empli la tête. J'avais besoin de solitude, et ne vous étonnez pas si mes pas m'ont menée, aussi sûrement qu'un invisible fil d'Ariane, vers le piano, toujours perché sur son socle de granit, entouré de ronciers et d'ajoncs, érigé comme un antique menhir offert à quelque divinité céleste et inconnue.

Je comprenais vite pourquoi personne encore n'avait songé à y toucher : je me déchirais les jambes sur les épines et eus la plus grande peine du monde à me hisser sur la plate forme rocheuse qui le soutenait. Mais une fois là-haut, quel spectacle ! Les derniers rayons du soleil couchant dardaient sur son bois vernissé une douce lumière dorée, et la brise  soufflant de la mer troublait à peine le silence, où perçaient parfois, de loin en loin, les cris plaintifs d'une mouette. La beauté de ce paysage me submergea, et je ne pus résister à l'envie d'effleurer les touches de ce magnifique instrument maintenant à ma portée. Serait-il accordé ? Je soulevais le couvercle. Les touches luisaient doucement aux derniers feux du jour.

Il n'y avait pas de tabouret pour m'asseoir, qu'à cela ne tienne, je jouais debout. Quelques notes de Mozart coulèrent entre mes doigts, fluides, légères comme la brise du soir. Le son montait, limpide, vers les étoiles qui commençaient à s'allumer dans l'azur de plus en plus foncé. L'obscurité grandit, bientôt je n'y vis plus rien. Je refermai doucement le couvercle, à regret. Je devais rentrer, et je réalisai soudain que je me trouvais seule, perdue sur la lande, mais je n'avais pas peur, je me sentais bien, apaisée, et je retrouvais sans difficulté le chemin du village, finalement proche.

Les parleurs avaient disparu. Je montais directement dans ma chambre.

Le lendemain, la première chose que j'entendis quand je descendis prendre mon déjeuner avant de reprendre mon car,  fut le bavardage des hommes au comptoir. Ils faisaient montre d'une grande excitation ! Le piano de la lande, et bé, vous savez quoi, ma p'tite dame ? Il a disparu ! Envolé ! Pfutt ! Evaporé ! Et oui, c'est comme je vous l'dis !

Et les tentatives d'explication sur sa disparition fusèrent, aussi fantaisistes que les théories qui tentaient d'expliquer son apparition.

Quand à moi, je laissais les langues aller bon train, que m'importait le pourquoi ? Ce que j'avais saisi de cette aventure, c'était la jouissance de la  musique, le son pur, la beauté transcendante, et, je le crois encore, l'essentiel.

Le philtrum

    Romain était heureux. Il s’était recroquevillé sur lui-même - c’était sa position préféré - et il éprouvait une telle légèreté. Il se sentait flotter, presque aérien.  Il n’avait absorbé nulle drogue pour arriver à ce bien-être, à ce calme, à cette sérénité qui lui semblait naturel. Des voix lui parvenaient, étouffées, comme dans un rêve. Romain était heureux de vivre.
    Une nuit, il fut réveillé par de violentes douleurs. Il était pris dans un étau qui l’emprisonnait. Sa résistance faiblissait, il n’eut bientôt plus la force de bouger et de résister à ce flot qui le submergeait et qui l’arrachait à rivages familiers. Le néant l’attirait à lui, inexorablement. Il était seul. Personne pour le soutenir. Soudain, les douleurs devinrent plus vives. Si forte que n’importe qui aurait pu en perdre la raison. Il se sentait emporté.
    Une lumière intense l’aveugla. Ses poumons s’embrasèrent. Subitement, il crut savoir le mal : il vit l’orgueil, le mensonge, la colère, l’égoïsme, la guerre,… Il poussa un cri.
    Une sage femme s’exclama d’une voix sonore : « C’est un garçon ! ». Romain était né.
    Alors, il vit un homme en vêtements blancs, que, étrangement, les autres personnes de la pièce se semblait pas apercevoir. Il était grand, ses cheveux étaient d’or et ses yeux d’un bleu profond. Il était rayonnant, entouré une aura de lumière. Il s’approcha de Romain qui pleurait toujours. Il apposa son doigt sur la bouche de l’enfant et lui dit d’une voix douce :
« Le monde peut être mauvais, c’est vrai. Mais Dieu t’aime, et Il t’a donné des outils pour t’aider : la Sagesse, la Charité, l’Humilité, la Justice, la Prudence, le Courage, la Force, la Confiance, et surtout… la Foi, l’Amour et l’Espérance. Que ces vertus soit dans ton cœur à jamais. Je veillerai sur toi, je te protégerai, je serai avec toi chaque jour de ta vie. »
    Alors Romain fut rassuré. Il sourit à l’homme en blanc, qui lui rendit son sourire. Ce dernier disparu, laissant derrière quelques plumes d’un blanc éclatant.

samedi 20 décembre 2014

Eclipse

Une nuit, dans le firmament,
J'aperçus la Lune pleurant.
Elle dit qu'elle aimait le Soleil,
Lui qui fuit toujours ses pareils...

"Mais ô Lune qui veut être mère,
Céleste, ronde comme une pomme,
Pourquoi ne trouves-tu l'homme
Qui exaucera tes prières ?

- Les astres, le sort nous séparent
Et nos chances, et nos hasards...
Lui, il illumine la vie
Et moi, je protège la nuit.

- Mais dis ô Lune d'argent,
Et si une fois tu t'éclipses,
Fais de ta mission une ellipse,
Retrouverais-tu ton amant ?"

Un sourire sur le visage,
Le ciel sombre devint mirage...
Noyant leurs joues de larmes exquises,
Le Roi retrouva sa promise.



                            149, branche, oiseaux, lune, tristesse Wallpaper



dimanche 23 novembre 2014

Sur la falaise

Voici ma nouvelle suite au sujet que je vous ai proposé... Bonne lecture !

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L’article s’étalait sur une page de l’édition du 25 mars 2014 d’Ouest-Aven :
« Un piano à queue de marque Steinway a été retrouvé hier matin, au sommet de la falaise à Plogoff dans le Finistère. Posé là, sur la lande rase balayée par le vent, dans un des plus beaux sites de Bretagne, il demeure un véritable mystère pour les promeneurs… »

***

Des écharpes de brume volent tel un songe sur le bord des falaises. Le soleil se lève à l’horizon. Le ciel est rose et or. Le bruit de vagues qui déferlent sur la plage de la petite crique résonne contre les murs de pierre. Une douce mélodie. Un goéland s’envole.  Au sommet des falaises, un imposant piano à queue d’ébène étincelant domine la mer.
Un homme apparait, comme sorti de nulle part. Ses cheveux sont cachés par une perruque blanche, rattaché en queue de cheval dans son cou par un ruban noir. Il semble que le temps s’est arrêté pour lui : il est porte des habits très en vogue à la fin du dix-huitième siècle. Un mouchoir blanc brodé d’un M. rouge glisse de sa poche. L’homme le ramasse, avance vers le piano, s’assoit. Il fixe un instant l’océan puis ferme les yeux. Il s’imprègne du mugissement des vagues.
Après un long moment, il rouvre ses yeux et sort un vieux manuscrit. Des partitions.  Il se met à jouer ; ses longs doigts fins courent sur les touches, faisant retentir quelques notes éphémères. La musique est douce, mélancolique. Elle est belle. Soudain, les doigts de l’homme se figent, suspendus. D’un crayon, il griffonne la partition, remplit des portées jusqu’alors blanches. Il compose.
Et l’homme dit à voix haute en allemand :
« J’ai fait placer ce piano face à la mer pour composer librement une dernière symphonie. Quel bon choix ! Sinon je n’aurais jamais écrit cet hymne à la mer ! Au bout de 223 ans, j’ai fini par concevoir ma plus belle œuvre, mon plus grand chef-œuvre, que le monde ignorera toujours…»
Et, en bas du manuscrit, il signe Wolfgang Amadeus Mozart.


mercredi 19 novembre 2014

A vos plumes !

Aujourd'hui, c'est Travaux Pratiques !

Écrivez une nouvelle !
Elle devra commencer par le texte suivant :
" L'article s'étalait sur une page de l'édition du 25 mars 2014 d’Ouest-Aven :
« Un piano à queue de marque Steinway a été retrouvé hier matin, au sommet de la falaise à Plogoff dans le Finistère. Posé là, sur la lande rase balayée par le vent, dans un des plus beaux sites de Bretagne, il demeure un véritable mystère pour les promeneurs… » "

Alors... A vos plumes ! ;)



Je publierai  certains textes avec votre accord... Donnez moi votre prénom ou pseudo ! :)
Laissez votre œuvre dans les commentaires !

mercredi 12 novembre 2014

Confiance

Je peux voir en ton cœur
Je serais ton docteur
Si tu étais confiant
Tu serais mon patient

Je suis une bohémienne
Tu es pour moi un roi
Nous pourrions danser
Dans les rues enjouées

Je suis une flibustière
Toi le galion le plus fier
Nous fendrions les flots
Ensemble, heureux, sans maux

Mais aie confiance en moi
N'oublie pas, n'oublie pas
Ne pars pas loin de moi
Car je t'aime, oh toi !


jeudi 23 octobre 2014

Je suis seulement humaine

Je peux garder mon souffle, me mordre les doigts,
Je peux me forcer à rire ou baisser les bras,
Je peux danser comme à Venise, jouer le jeu,
Je peux peut-être même faire pleurer les cieux...

Si c'est ce que vous attendez, que vous voulez...

Mais je vous dirai : "Je suis seulement humaine !
Mon cœur ressent aussi le joie, la rage, la peine...
Et mon cœur saigne quand je tombe dans le vide,
Quand mes yeux deviennent ternes et mon visage livide."

Je ne suis pas invulnérable, juste humaine...

Alors je fais au mieux pour me sauver la face,
Pour que la multitude ignore par où je passe.
C'est à moi-même que je me joue la comédie
Pour m'inventer, rêver, croire que je suis guérie.

Les blessures qui ne se voient pas blessent si fort...

Je ne suis qu'humaine, mais je me relèverai.
Je recollerai mon cœur en morceaux, brisé
Par vos coups si forts, si durs, par vos mots si lourds,
Je me cacherai vers ceux que j'aime, dans leur amour...


dimanche 14 septembre 2014

Évasion


Un jour, je fus punie. C'était, je crois, pour avoir trébuché et avoir heurté la principale du collège. Je m'étais poliment excusée, mais elle avait continué à me fixer de ses petits yeux noirs, froids et cruels. J'avais baissé le regard, ne pouvant soutenir un instant de plus le sien, et je m’étais aperçu que mes lacets était défaits. Je les avais maudits, et j’avais relevé la tête.
« Vous êtes collée. »
Cette phrase, juste cette phrase. Autour de moi, les collégiens tournoyaient comme au ralenti, mais ils n’étaient que des ombres floues et colorées, des fantômes… Le regard vide, je fixai cette lente tempête teintée de mille couleurs. J’étais anéantie. J’aurais voulu être à cent mètres sous terre, si seulement elle avait pu m’avaler !
Soudain, la principale, me saisit violemment le bras, et me traina à travers la cour de récréation. Les autres élèves nous regardèrent, visiblement étonnés. Je n’étais pas réputée pour être une élève perturbatrice, bien au contraire !
La principale, m’enferma elle-même dans la salle d’étude vide, me donna une tonne d’équations à résoudre, tourna la clé, me laissant seule entre ces murailles sales, zébrées d’une multitude de fissures, devant un vieux planisphère qui avait la jaunisse et un tableau blanc. Il y avait aussi un présentoir branlant couvert de quelques vieux manuels aux pages cornées et déchirées. Je commençai à déambuler dans la salle : je n’avais aucune envie de faire ces équations incompréhensibles ! J’allais d’une table à l’autre, et lisait les petits mots gravés dessus.
Je m’approchai ensuite du bureau, et en ouvrai le tiroir. Rien. Enfin, pas grand-chose. Quelques vieilles feuilles à moitié jaunies, une règle, une paire de ciseaux rouillés, un stylo qu’on avait rongé à son extrémité, le cadavre d'un lézard, des mots-croisés et une sarbacane faite avec un effaceur.
Puis j’allais vers la fenêtre. Entre le mur et le radiateur, un livre. J’en voyais le dos. Je m’écorchai les doigts à essayer de le retirer. Rien à faire. J’allais céder au désespoir, mais une idée me traversa l’esprit. A l’aide de la règle, je parvins enfin à faire sortir le livre de derrière le radiateur. L’épaisse couche de poussière recouvrait sa tranche. Il semblait assez ancien. Je tenais le volume entre mes mains et j’en regardais le titre : ROBINSON CRUSOÉ.

Il faisait nuit. Ça m’était apparu d’un seul coup. Combien de temps avais-je passé dans le livre ? Quelle heure était-il ? Je ne le savais pas. Mais peu m’importait. Je me frottai les yeux. J’avais le cou brisé, la nuque endolorie : j’étais restée penchée sur les chapitres, suspendue à chaque mot, dévorée par ma curiosité insatiable. Je repris ma lecture. Les lettres s’effacèrent, les lignes se mêlèrent, je saisis encore un bout, la fin d’un mot… Puis aucun n’arrivait jusqu’à mes yeux.
J’étais collée aux flancs de Robinson Crusoé, étreinte par une émotion si intense et profonde. J’étais là, mais il ne me voyait pas. Je cavalais à ses côtés, entre les grands arbres de la forêt dense. Je n’étais plus assise dans ma prison aux remparts ternes, mais ailleurs. Quand ici la lune se montrait dans un pâle halo de lumière blanche, je faisais voler dans un ciel azur tous les oiseaux de son île ! Et, du coin de l’œil, quand je voyais, par la fenêtre, la silhouette d’un peuplier planté devant le collège, j’apercevais en fait le mât de son navire ! Je peuplais la salle vide et silencieuse de tous mes songes, comme lui peuplait l’horizon de ses craintes et de ses maigres espoirs. Ensemble, nous pensions à l’éternelle solitude. Et nous nous demandions où nous allions faire pousser notre blé nourricier pour faire le pain de chaque jour.
Mon ventre gargouilla, et quelque chose commença à me tenailler les entrailles : j’avais très faim !
Allais-je être réduite à croquer les lézards qui gambadaient sur les murailles fangeuses de ma geôle ? Comment allais-je faire naître le feu qui réchauffe, protège et réconforte ? J’avais soif aussi. Pas de fruits exotiques, de melons, de raisins ! Ah, lui au moins, avait une poignée de biscuits qui provenait de navires naufragés !
Clic, clac ! On farfouillait la serrure.
« Florence ? Qu’est-ce que tu fais là ? me demanda le pion qui venait d’entrer. Tes parents sont morts d’inquiétude ! Viens, je vais te ramener chez toi…
-  … »
Je n’avais rien répondu. Je n’en eus pas le courage. Personne ne savait donc que… ? Ruminant d’amères pensées, je suivis le surveillant. Je serrai le livre contre mon cœur. En jetant un regard sur la couverture, j’eus l’impression que Robinson Crusoé me souriait. Il n’était plus seul.

vendredi 14 février 2014

La nuit du chant des loups



Un soir, j’avais quatorze ans et je ne résistais plus à l’envie de comprendre ce que mon maître aimait dans les nuits, ces nuits où la lune est pleine, où elle se lève dans le ciel sombre et cernée de son halo d’une lumière pâle, elle illumine les mystères. Ce soir-là, le comte m’avait invité à l’accompagner en forêt.
- La lune est pleine, le ciel est dégagé. N’est-ce pas l’idéal, Georgiu, pour découvrir la face nocturne des choses et leur beauté ?
Je n’ai pas osé dire à mon maître que je tremblais déjà de crainte à l’idée d’errer dans la pénombre du sous-bois. Je n’ai rien laissé paraitre et l’ai suivi au cœur des ténèbres de cette nuit qui restera gravée à jamais dans mon esprit.
Dans l’obscurité, je devinais à peine la forme des arbres, mais voyais leurs ombres danser autour de moi… Mon cœur battait à tout rompre, des gouttes de sueur perlait sur mon front.  Les frôlements d’une aile, un cri, un crissement de la fine couche de neige recouvrant l’humus de la terre endormie, le sifflement du vent, les branches qui m’accrochaient ou qui se balançaient,  langoureuses… J’étais sur le qui-vive, me méfiant de tout.
Soudain, un regard me transperça, tel une lance. Je me retournai et vis une paire d'yeux en amandes qui luisaient. Des yeux couleur braise, soulignés de noir comme s'ils avaient étés maquillés. Sous ses yeux se dessinait un long museau se terminant par une gueule entrouverte, hérissées de dents blanches et aussi pointues que des poignards, où palpitait une longue langue couleur cerise. Sa tête était surmontée de petites oreilles velues. Le reste de cette apparition était un corps maigre mais puissant, perché sur quatre pattes. Tout au bout, il y avait une queue diabolique, aussi touffue que celle d'un écureuil ou d'un renard. L'ennui, c'est qu'elle n’appartenait ni à l'un, ni à l'autre...
Serein, mon maître avançait entre les pins. N’avait-il donc pas vu le grand loup blanc qui semblait monter la garde ? J’essayai  de l’avertir mais ma gorge serrée ne laissa sortir aucun son, même pas un pauvre petit cri étranglé. Malgré la peur panique qui figeait mes membres, qui me laissait livide, je résistais à l’envie de prendre la main squelettique du comte. Recherche puérile de réconfort, de protection…
Mais ses mains étaient glacées. Glacées comme la mort, comme la pierre tombale, comme le corps de mon oncle Pietru que j’avais dû embrasser à l’enterrement. Ce froid me répugnait. Mon maître s’en était rendu compte, et restait distant. Je pense qu’il souffrait de cette barrière entre lui et moi, l’un des êtres qu’il ait vraiment aimés. Je tenais beaucoup à lui, mais l’image de mon oncle gisant à terre s’imposait à moi.
Un frisson me parcourut l’échine. La meute des loups nous encercla, le comte et moi, s’assit autour de nous et commença à moduler la languissante complainte. J’eus l’impression que les notes de cette triste mélodie dansaient avec le vent.
Dracula me fit signe de ne plus bouger et avec un calme troublant, presque désarmant dans cette situation que je trouvais critique, il dit de sa voix profonde :
- Écoute le chant de la nuit. Écoute le chant des loups. Rien n’est plus beau, plus poignant, les nuits où la lune est pleine, lorsque le ciel scintille doucement. C’est la voix des étoiles.
J’écoutais. Le Cosmos m’appelait, je crus deviner la présence de quelqu’un qui semblait veiller sur moi. Les constellations du grand firmament m’avaient choisi. Je me sentis comme aspiré par la spirale du temps. Je perçus la bonté du comte, sa solitude. Je me demandais si je reverrais le loup au museau gris fer. Jamais, sans doute. On ne voyage pas dans le temps. Je pleurai mes parents morts, l’oncle Pietru aussi.
Les loups se dispersèrent, un seul resta. Le grand blanc. L’espace d’un instant, je crus qu’il voulait que mon maître rejoigne la meute. Ce dernier fit claquer sa longue cape, et le loup blanc disparut aussi subitement qu’il était venu sous la pâle lumière de la lune.
Je regardai mon maître et vis qu’une grande émotion  l’étreignait. Qu’avait-il senti que je n’avais pas perçu ? Nous rentrâmes au château. Jamais plus nous n’avons évoqué cette étrange nuit où se mêla magie et mystère.