dimanche 23 octobre 2016

La salle blanche

Il gisait là, allongé dans un lit qui n'était pas le sien. Il entrouvrit les yeux. La lumière l'éblouit. Il lui fallut plusieurs minutes avant de comprendre où il était. Une grande salle blanche et vide. Il y avait bien longtemps qu'on avait plus changé l'eau du bouquet de fleurs posé sur sa table de chevet, bouquet qui était presque complètement fané. Ce bouquet de fleurs jaunes et roses était la seule chose qui égayait la pièce d'une blancheur trop parfaite. Et autour du lit se dressait plusieurs machines. L'homme se redressa en lâchant un gémissement de douleur. Il essaya de se rappeler ce qui c'était passé, et pourquoi il avait atterri ici, dans cet hôpital. Il se rappela.
"Vous avez un cancer."
Quelques mots lourds de sens, et pourtant prononcé si légèrement...
Le battement scandé de son cœur se faisait de plus en plus lent, et de plus en plus faible. Une infirmière entra. Elle faisait près d'un mètre quatre-vingt de haut, mais son extrême maigreur la faisait paraitre bien plus grande. Son visage était étroit et anguleux, et ses doigts aussi décharnés que ses joues ressemblaient à de grands pattes d’araignée qui gambadaient librement sa blouse. Malgré cet aspect effrayant, le blessé la héla et lui attrapa sa main d'adulte, recherche enfantine, presque puérile de réconfort, de protection…
Mais ses mains étaient glacées. Glacées comme la mort, comme la pierre tombale, comme le corps de son père qu'il avait dû embrasser à l’enterrement. L'infirmière lui sourit.
"J'ai peur, avoua-t-il. Je vais mourir, n'est-ce pas ?"
L'infirmière semblait sourde à sa question. C'était toujours comme ça dans les hôpitaux. Dès qu'on prononçait le mot "mourir", il y avait comme un trou d'air, on devenait sourd ou on changeait de sujet de conversation. C'était comme si les malades et les soignants avaient inventé ensemble un autre hôpital que celui qui existait vraiment. Tous faisait comme si ils allaient à l'hôpital pour guérir, oubliant que certains y venaient pour mourir. Oubliant que la vie était un cadeau précieux, fragile, friable et éphémère. Oubliant que nul n'était éternel. Ils faisaient tous semblant d'être immortels et immuables. Et notre homme s'en rendait compte. Et il avait peur... Il avait peur de la mort.
"J'ai l'impression que personne ne me dit que je vais mourir."
L'infirmière se pinça les lèvres, et finit par répondre d'une voix étonnement douce :
"Pourquoi vous le dire, si vous le savez ? Face à la mort, nous sommes tous des enfants. Des enfants qui n'ont pas assez vécu, des enfants trop jeunes, des enfants qui ont peur. Mais nous n'avons pas peur de mourir, nous avons peur de ne pas assez avoir vécu."

vendredi 7 octobre 2016

Maigrir

Quand j'étais enfant je ne mangeais pas tant je rechignais plus mais voilà qu'aujourd'hui
Il te faudra devenir le gardien du frigo oui tous les jours et toutes les nuits
Tu m'aides à maigrir
Je m'aide à maigrir
Si jamais un jour il t'arrive de dormir ne serait-ce qu'un instant, un quart d'heure
Je n'aurai qu'à m'introduire en douce et m'emparer enfin du réfrigérateur
Pour tout engloutir
Tu m'aides à maigrir
J'ai gommé les chiffres des balances du quartier qui me ment ou qui voit mes mensonges
Je ne veux pas croire cette réalité qui ne doit être qu'un trop horrible songe
Je devrais maigrir
Tu m'aides à maigrir
Il va falloir que nous cachions les gâteaux les babas les bonbons même les réglisses
Et que nous mettions une chaîne et un cadenas sans clé aux frontières  du supplice
Pour me retenir
Tu m'aides à maigrir
Tu sais oh non je n'ai jamais eu à faire la guerre pour être aussi forte aujourd'hui
J'ai du dévorer avaler becqueter et trop bouffer aussi
Je voudrais maigrir
Je m'aide à maigrir
Le buffet de la cuisine délicieuse abondance moi je danse devant
En dégustant un maquereau solitaire du désert de mon plat je serre les dents
Il me faut maigrir
Je m'aide à maigrir
Et je dévore des yeux tes savoureuses charcuteries avec un œil avide
Mais en fait je claque du bec et grignote seulement et toujours le même vide
Avec un soupir
Tu m'aides à maigrir



Yé né manyais qué dalle et pero auyourd'hui
Touyours yé la dalle et les yours et les nouits
Yé dévrais maigrir
Yé m'aide à maigrir
Yé souis une martyre
Tou m'aides à maigrir
Mais faut pas mentir
Tou m'aides à mourir
Ay ay ay pourquoi m'as-tu fais ça
C'est assez ça souffit yen ai marre ya está



Et oui tu as compris j'ai enfin décidé de maigrir
Car j'en avais plus qu'assez de toujours grossir
Si je fais des efforts je finirai par maigrir
Je vais peut-être finir par maigrir
Je vais finir par maigrir
Je vais bien maigrir
Je m'aide à maigrir
Je vais maigrir
Maigrir