Il gisait là, allongé dans un lit qui n'était pas le sien. Il
entrouvrit les yeux. La lumière l'éblouit. Il lui fallut plusieurs minutes
avant de comprendre où il était. Une grande salle blanche et vide. Il y avait
bien longtemps qu'on avait plus changé l'eau du bouquet de fleurs posé sur sa
table de chevet, bouquet qui était presque complètement fané. Ce bouquet de
fleurs jaunes et roses était la seule chose qui égayait la pièce d'une
blancheur trop parfaite. Et autour du lit se dressait plusieurs machines.
L'homme se redressa en lâchant un gémissement de douleur. Il essaya de se
rappeler ce qui c'était passé, et pourquoi il avait atterri ici, dans cet
hôpital. Il se rappela.
"Vous avez un cancer."
Quelques mots lourds de sens, et pourtant prononcé si légèrement...
Le battement scandé de son cœur se faisait de plus en plus lent, et de
plus en plus faible. Une infirmière entra. Elle faisait près d'un mètre
quatre-vingt de haut, mais son extrême maigreur la faisait paraitre bien plus
grande. Son visage était étroit et anguleux, et ses doigts aussi décharnés que
ses joues ressemblaient à de grands pattes d’araignée qui gambadaient librement
sa blouse. Malgré cet aspect effrayant, le blessé la héla et lui attrapa sa
main d'adulte, recherche enfantine, presque puérile de réconfort, de
protection…
Mais ses mains étaient glacées. Glacées comme la mort, comme la pierre
tombale, comme le corps de son père qu'il avait dû embrasser à l’enterrement.
L'infirmière lui sourit.
"J'ai peur, avoua-t-il. Je vais mourir, n'est-ce pas ?"
L'infirmière semblait sourde à sa question. C'était toujours comme ça
dans les hôpitaux. Dès qu'on prononçait le mot "mourir", il y avait
comme un trou d'air, on devenait sourd ou on changeait de sujet de
conversation. C'était comme si les malades et les soignants avaient inventé
ensemble un autre hôpital que celui qui existait vraiment. Tous faisait comme
si ils allaient à l'hôpital pour guérir, oubliant que certains y venaient pour
mourir. Oubliant que la vie était un cadeau précieux, fragile, friable et
éphémère. Oubliant que nul n'était éternel. Ils faisaient tous semblant d'être
immortels et immuables. Et notre homme s'en rendait compte. Et il avait peur...
Il avait peur de la mort.
"J'ai l'impression que personne ne me dit que je vais mourir."
L'infirmière se pinça les lèvres, et finit par répondre d'une voix
étonnement douce :
"Pourquoi vous le dire, si vous le savez ? Face à la mort, nous
sommes tous des enfants. Des enfants qui n'ont pas assez vécu, des enfants trop
jeunes, des enfants qui ont peur. Mais nous n'avons pas peur de mourir, nous
avons peur de ne pas assez avoir vécu."
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RépondreSupprimerJ'espère, sinon ce serait invivable ! Et j'admire toutes les personnes qui ont, (ou ont eu (; )le courage d'affronter la mort !
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