Tu tentais de te
distraire, tu faisais la fête, tu cherchais l’amour, tu croyais le trouver,
puis tu retombais. De haut. Tu tentais de jouer avec la vie pour te faire
croire que tu la maîtrisais. Tu roulais trop vite ; tu frôlais l’accident.
Tu prenais trop de coke ; tu frôlais l’overdose. Et ça faisait peur aux
parents : des gènes de banquiers, de PDG, d’hommes d’affaires, qui dégénèrent à
ce point-là, c’est quand même incroyable ! Parfois ils essayaient de faire
quelque chose, souvent ils déclaraient forfait. Mais la plupart du temps, ils
n'étaient jamais là, ils ne disaient jamais rien. Ils signaient seulement le
chèque à la fin du moi. Toi, tu la connaissais la solitude du gamin qui mouille
son oreiller parce qu'il a oublié si ses parents étaient morts ou parti en
voyage d'affaire ! Quelles affaires plus importantes que leur fils
pouvaient les retenir si loin de toi ? Alors tu les détestais, tes parents. Parce
qu’ils donnaient à la fois tant et si peu… Tant pour que tu puisses te foutre
en l’air, et si peu de ce qui compte vraiment. Si bien que tu finissais par ne
plus savoir ce qui compte, justement. Les limites s’estompaient. Tu étais comme
un électron libre. Tu avais une carte de crédit à la place du cerveau, un
aspirateur à la place du nez, et rien à la place du cœur. Tu allais en boîte
plus que tu n'allais en cours ; tu avais plus de maisons que tu avais de
vrais amis ; et deux cents numéros dans ton répertoire que tu n’appelais
jamais. Tu te serais shooter à la vitamine C si cela avait été illégal... Pour
prouver que tu existais. Pour montrer que tu étais plus qu’un élément de
décoration oublié dans un salon bien trop grand. Ou peut-être pour oublier… Toi-même,
Luke, tu ne le savais plus. Tu étais la fameuse jeunesse dorée. Et tu n'avais
pas le droit de t’en plaindre ! Parce qu’il paraît que tu avais tout pour
être heureux… Alors tu crevais à peu feu, dans tes appartements trop grands,
des moulures d’ambre à la place du ciel, repus, bourrés de coke et
d’antidépresseurs, le sourire aux lèvres. C’était plus facile de tomber dans la
drogue que d’affronter la vie, plus facile de piquer ce que tu avais envie que
d’essayer de le gagner, plus facile de coucher avec une fille sans qu'on ait de
sentiments pour elle et l'abandonner au matin que de construire une relation
longue et heureuse. L’amour, ça demande des efforts, du courage. L’amitié
aussi.
Un matin, je t’ai
emmené sur les toits du monde, je t’ai fait prendre da la hauteur. Alors
seulement tu as commencé à ouvrir les yeux et regarder autour de toi. Et quand
tu as observé ce monde, auquel tu voulais absolument appartenir, tout ce que tu
y as vu, c’est six milliards de dingues qui cherchaient un raccourci vers la
sortie. Une armée de fous qui avait perdu cette étincelle qui faisaient d’eux
des hommes et des femmes. Ils se tiraient les uns sur les autres ou bien ils se
faisaient tout bonnement sauter la cervelle pour ne plus voir ça. Et c’était nous
les cinglés ? Alors tu m’as dit que j’étais le seul borgne dans ce royaume
d’aveugle. Parce que moi, j’admettais que ce monde me rendait dingue. Ce
jour-là, tu m’as promis d’arrêter. Plus de drogues, plus d’alcool, plus de
relations d’un soir. Tu m’as fait ce serment. Et je t’ai cru, putain. J’étais
ton ami…
Mais il suffit
d'un regard pour vaciller. Il suffit que quelqu'un tende sa main pour que l'on
sente soudain qu'on est fragile, vulnérable, et que tout s'écroule, comme une
pyramide d'allumettes… Tu te croyais solide et triste comme la pierre, et voilà
que tu n’étais rien de plus d’une statue de sable, un grain pour une déception
donnée, une occasion gâchée, un acte manqué. Alors tu as rechuté… Pour la
dernière fois. L’ultime bad trip. Le
voyage final. Tu n’avais pas le droit de mourir ! Luke, tu étais un frère
pour moi… Pourquoi ? Traître. Tu n’avais pas le droit de me laisser… Comment
as-tu pu m’abandonner ? Parfois notre cœur a besoin de plus de temps pour
accepter ce que notre esprit sait déjà : on n’est jamais mieux trahi que
par ses meilleurs amis.