mardi 8 août 2017

Dahut

Il y a des légendes dont on sait qu'elles sont rapiécées, recousues, mélangées. Des légendes que chacun a assaisonnées selon ses goûts, son histoire et celle de sa famille. Ces légendes que seuls les enfants croient. Connaissez-vous ces légendes ? Elles sont simplement belles et servent de mentors matures sous leur manteau merveilleux de donjons et dragons. Mais malgré ce côté enfantin, on y retrouve en toujours plus grand cette armature de sens qui se déploie encore à la dixième relecture. Ce sont de grandes histoires, et elles importent vraiment. C'étaient de ces légendes dont on se souvient et qui signifient tellement. Je me souviens de cette créature fantastique. Courts sabots d'un côté, les autres d'une longueur encombrantes. Animal condamné à tournoyer pour toujours autour d'un mont brumeux sans jamais avoir l'espoir d'un jour marcher différemment. Et, enfant, à chaque fois que j'escaladais les montagnes, et je regardais les sommets en pensant au dahut. Il était si parfait, féérique. J'étais persuadé de son existence, et j'entendais presque ses cris dans le vent.

Et il y a des légendes dont on sait qu'elles sont dépassées, décousues, malsaines. Des légendes assassines. Ces légendes que seuls les adultes croient. Elles sont trop vraies pour être ignorées et servent de plafond de verre - ou plutôt de papier - comme un grand tablier qui recouvre les ambitions de tout ces enfants devenus adultes, ceux qui adoraient les fables hier et qui aujourd'hui regardent se vider le sablier de leurs rêves, sans même tenter de prononcer une formule magique de légende fantastique pour essayer de retenir ceux qu'ils leur restent. C'est difficile d'escalader des montagnes quant on refuse de voir les sommets.

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