vendredi 5 juillet 2013

Renart et les marchands

     Renard, le maître en l'art de tromperie, cherche aventure dans les bois, mais nulle proie ne se présente pour calmer sa faim. Au logis, Dame Hermeline a du mal à apaiser ses fils qui crient famine. Au détour d'un chemin, le goupil aperçoit deux marchands qui rejoignent le village à quelques lieues de là. Il les observe et voit qu'il portent de lourds sacs bien pleins qu'ils peinent à soulever. Il s'approche puis se décide, ces benêts de marchands ne lui résisteront pas, il saura vite les berner. Voyez la ruse qu'il emploie.

    « Puis-je me joindre à vous ? commence Renart, ayant pris soin de cacher son
museau, la cornette de son chaperon enroulée autour du cou.
– La route est à tout le monde ! certifient les deux commerçants.
– Où allez-vous donc ? Pour moi, je me rends au village voisin rendre visite à mon
frère qui est malade. Il a bien des ennuis, et cette période de disette n’arrange pas les
choses !
– Méfions-nous, chuchote le plus âgé des deux. Il ne m’inspire guère confiance.
– Moi de même, avoue le plus jeune, je me sens mal à l’aise à ses côtés.
– Pourquoi ces messes basses ? questionne le goupil. Je ne suis qu’un simple vilain !
– Nous, faire des messes basses ? réplique le vieil homme. Vous vous trompez, mon
brave.
– Ne nous fâchons pas. Mon père et moi allons au village voisin. Seulement, nous
nous y rendons pour vendre notre marchandise, dit le cadet en montrant le lourd sac qu’il
portait non sans peine.
– Oh ! Comme il a l’air lourd !
– C’est qu’il n’est pas léger, mais pour cause : ce sac contient les meilleurs jambons
fumés de la région ! révèle-t-il en confidence.
– Comment ?
– Il faut dire que mon père est le meilleur éleveur de porcs de toute la contrée,
explique le jeune homme, et je serai très fier de prendre son relai à sa mort.
– Louis, tu exagères un peu la vérité, émet l’ancien pourtant bouffi d’orgueil.
– Oh, mais cela doit représenter une fortune ! s’exclame le filou.
– Oui, assure Louis, et j’espère que nous ne croiserons pas de bandits de grand
chemin, ils feraient bombance avec une telle prise…» grommelle-t-il en jetant un regard en
coin sur Renart.
    Le trajet se poursuit sans encombre. Après quelques lieues, la route plonge dans une
forêt. Les trois voyageurs y pénètrent, peu rassurés. Au-dessus d’une racine que le vieux
enjambe, d’un croc-en-jambe bien calculé, Renart fait trébucher le marchand qui, dans sa
chute, s’assomme contre une pierre. Le fourbe s’écrie :
« Quelle malchance ! Maudite racine ! Est-il blessé ?
– Oui, malheureusement ! constate le cadet, agenouillé auprès de son père. Que
faire ?
– Vous qui êtes encore jeune, courez au village, il n’est plus très loin. Allez chercher
de l’aide.
– Ma course sera alourdie par mon sac ! Et j’arriverai trop tard !
– Je garderai votre bagage, le temps que vous alliez chercher du secours, propose le
rusé. »
    Le jeune homme semble hésiter, puis se décide. Il laisser choir son paquet aux pieds
de Renart, et se met à courir. Une fois seul, le malandrin éclate de rire :
« Hahahahaha ! Quel naïf ! Quel festin nous ferons ce soir dans mon logis ! Dame
Hermeline sera contente ! »
    Il charge les sacs sur son dos et, le lâche, s’enfuit en courant.


Objectif : Compléter la suite du récit en italique en imaginant un dialogue entre Renard et les marchands

1 commentaire:

  1. Une très belle histoire. Quel rusé, ce goupil ! Mais les deux marchands sont un peu bêtes aussi de lui faire confiance. J'ai aimé la richesse du vocabulaire.

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